Adéu a Nihil Obstat | Hola a The Catalan Analyst

Després de 13 anys d'escriure en aquest bloc pràcticament sense interrumpció, avui el dono per clausurat. Això no vol dir que m'hagi jubilat de la xarxa, sinó que he passat el relleu a un altra bloc que segueix la mateixa línia del Nihil Obstat. Es tracta del bloc The Catalan Analyst i del compte de Twitter del mateix nom: @CatalanAnalyst Us recomano que els seguiu.

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dimarts, 24 de gener de 2006

Europa entra en guerra

Lentament, a contracor i en el desordre, Europa entra en guerra. Amb aquesta frase tan contundent comença Ludovic Monnerat un article imprescindible per comprendre el punt d'inflexió política que està vivint Europa, més enllà del país de les maravelles que mostren les pantalles de la televisió. Europa entra en guerra, paraula políticament incorrecte evitada per tothom, però que és l'única que reflexa la realitat sense subterfugis semàntics.
Mais les temps changent. Les perceptions évoluent. La France, par la voix de son président, affirme sa disposition à employer l’arme nucléaire en cas de menace grave, symétrique ou non ; tollé prévisible et vain. La « troïka européenne » refuse de reprendre les négociations avec l’Iran tant que celui-ci poursuit ses activités nucléaires illicites. Les nations européennes, dans le cadre de l’OTAN, s’engagent progressivement toujours plus en Afghanistan et encaissent sans broncher leurs pertes en hausse. Les accusations d’alignement sur les Etats-Unis sont un indice supplémentaire de cette évolution vers l’extérieur.

Une évolution qui trouve son pendant à l’intérieur, où les pressions populaires se font croissantes pour une adaptation non seulement des forces de sécurité, mais également des règles de vie en société. Au Pays-Bas, le parlement vient de voter une loi visant à réduire l’immigration sans intégration par le biais d’un test préalable ; cette mesure a également été discutée dans d’autres pays. En Grande-Bretagne, suite aux attentats de Londres, des méthodes militaires ont été intégrées par les forces de l’ordre pour faire face à la menace d’attentats-suicides ; les prédicateurs islamistes appelant au djihad ont fini par perdre leur immunité. En France, l’état d’urgence a été mis en place pour maîtriser des violences urbaines de dimension insurrectionnelle. De tels développements auraient été inimaginables voici quelques années encore.

Ils s’expliquent en grande partie par des événements ou des déclarations qui ont eu un impact majeur. L’identification des terroristes ayant attaqué les transports publics londoniens a montré le danger potentiel de communautés immigrées et non assimilées ; la criminalité issue de telles communautés, la composante ethnique des émeutes en Europe et bien entendu le meurtre de Theo van Gogh ont également attiré l’attention. Au Danemark, dans un cas qui a un retentissement mondial, les menaces de mort adressées au journal ayant publié des caricatures de Mahomet ont révélé au grand public les risques qui pèsent sur la liberté d’expression. Par ailleurs, les appels au génocide lancés de façon répétée par le président iranien et l’échec de l’apaisement recherché par la diplomatie européenne ont contribué à écarter nombre d’illusions. Des menaces pèsent sur nous. Elles peuvent être proches ou lointaines, immédiates ou distantes, ouvertes ou clandestines, mais elles existent.
Els únics que s'entesten a ignorar aquests canvis són la major part dels polítics, dels intel·lectuals i dels periodistes. I per aquesta mateixa raó s'estan marginalitzant, allunyant de l'opinió pública.
La grande redistribution du pouvoir occasionnée par la révolution de l’information réduit toutefois l’influence de ceux que l’on appelait les faiseurs d’opinion. L’échec de la constitution européenne dans plusieurs pays, malgré le soutien majoritaire des classes politique, académique et médiatique, symbolise cette évolution. Il en va de même dans le domaine sécuritaire, et le durcissement des gouvernements répond sans aucun doute aux inquiétudes exprimées par la population. Des mots sont d'ailleurs jetés au visage des dirigeants qui se risquent à de tels durcissements : on parle d’Etat policier, ou même de Gestapo, pour dénigrer l’activité croissante des services de renseignement ; on parle de « mur de la honte » pour délégitimer chaque barrière de protection ; on parle de « goulag » pour diaboliser les camps de prisonniers comme celui de Guantanamo. Quant à ceux qui osent parler de guerres, les annoncer, les juger inévitables, ce sont naturellement de vils traineurs de sabres, des bellicistes bornés, voire tout bonnement des fous furieux.

L’exagération délibérée et le recours aux symboles totalitaires soulignent le caractère émotif de ces réactions. Elles révèlent souvent le refus instinctif d’un monde qui change trop et trop vite, l’espoir d’échapper aux conséquences du changement, l’envie de figer le temps pour éviter les remises en question. Mais cet état d’esprit n’est pas généralisé ; les citoyens européens moyens n’ont pas cessé de croire à la supériorité de certaines valeurs, tout comme à la primauté de la sécurité physique, et si la majorité d’entre eux ne se sentent pas en guerre, ils n’en ont pas moins exprimé les refus qui en sont le préalable. La question n’est donc pas de savoir si l’Europe fera pleinement la guerre au fascisme islamiste, mais bien si elle saura le faire sans perdre son identité composite et ses fondations démocratiques.